« Billet » sur la spécialiste du domaine, Marie Bergström

Marie Bergström est sociologue et chargée de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Ses objets d’études portent sur la conjugalité ainsi que la sexualité. Depuis une dizaine d’année, elle mène des analyses de sociologie classique mais aussi des enquêtes de données numériques massives pour étudier les usagers des sites de rencontre en ligne. En 2014, elle soutient à l’Institut d’études politiques de Paris une thèse de doctorat en sociologie : « Au bonheur des rencontres : sexualité, classe et rapports de genre dans la production et l’usage des sites de rencontres en France ». Par la suite, elle rédige plusieurs articles et en 2019, elle publie Les nouvelles lois de l’amour : Sexualité, couple et rencontres au temps du numérique, un livre qui, selon elle, « plaide pour une lecture matérialiste des transformations récentes de la vie amoureuse et sexuelle ».

Bergström, Marie. (2013). La loi du supermarché ? Sites de rencontres et représentations de l’amour. Ethnologie française, vol. 43(3), 433-442. doi:10.3917/ethn.133.0433.

https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2013-3-page-433.htm

Dans cet article, la chercheuse tente de discerner la disqualification des applications et sites de rencontres effectuée par les utilisateurs qui les assimilent au monde marchand, à travers la métaphore du « supermarché » mais également à l’univers sexuel. De fait, depuis 1990 et dix ans après leur développement en France, les sites de rencontre n’ont cessé de se multiplier. « Un inventaire réalisé en 2008 a révélé l’existence de 1 045 sites ciblant la population française [Bergström, 2011]. »

C’est pourquoi, dans ce contexte de massification, les débats sur les sites de rencontres sont apparus. Assimilés à des espaces innovants et très utilisés, ces sites sont, par ailleurs, imaginés comme un signe du temps, à notre époque contemporaine qui est dominée par les nouvelles technologies.

Focus

En effet, les auteurs qui se sont intéressés à cet objet d’étude ont souligné l’apparition de nouveaux espaces voués spécialement aux rencontres amoureuses mais en même temps, contraires à la conception de l’amour. Les principes selon lesquels l’interlocuteur reste potentiel, l’interaction se fait à distance et il s’agit d’un profil virtuel, donnent le sentiment aux usagers que les sites de rencontres sont discrédités en tant qu’espaces intimes de rencontres affectueuses ; leurs discours corrèlent les sites de rencontre et le milieu de la consommation, comme une tentative de marchandisation des relations affectives.

En outre, les utilisateurs et les investigateurs du domaine formulent une critique prépondérante eut égard aux sites de rencontres y incluant une dimension consumériste. Marie Bergström propose trois registres fondamentaux de dénonciation : « le caractère contractuel de la formation des couples, l’abondance et l’interchangeabilité des partenaires potentiels ainsi que l’explicitation de critères amoureux. » Ces attributs contrastant l’idée de l’amour amènent de nombreux usagers à délégitimer les sites de rencontres et les assimiler davantage aux rencontres sexuelles.

Ce que l’analyse semble apporter de nouveau

L’inscription sur un site de rencontre est une véritable démarche pour « provoquer les rencontres » et dans le cadre de l’association à la consommation, le comportement de l’utilisateur est stimulé par un objectif explicite et déterminé. L’initiation de la relation et son aspect contractualisé est éclairé par le caractère intentionnel de la démarche et l’objectif de l’usager. La sociologue explique que, dans cet espace virtuel consacré à la rencontre amoureuse, la recherche active d’un partenaire évolue vers une assimilation à l’achat de services sexuels. Elle ajoute que le couple y transparaît tel le produit d’un accord négocié, à l’inverse de l’idéal romantique du hasard et du destin émanant de l’amour.

Cette « consommation sexuelle » est présente dans les analyses médiatiques et scientifiques. Pour conclure son article, Marie Bergström cite le sociologue Jean-Claude Kaufmann qui confirme que, de nos jours, la sexualité « se banalise et se massifie, mais elle le fait selon la forme dominante des intérêts individuels, dans l’immense hypermarché online« .

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