Veyrié, N. (2013). Le virtuel, le double et la recherche d’amour. Le sociographe, 43(3), 47-58.
https://www.cairn.info/revue-le-sociographe-2013-3-page-47.htm
Nadia Veyrié, docteure en sociologie et membre du Centre d’Etude et de Recherche sur les Risques et les Vulnérabilités (CERReV) a publié un article en 2013 dans la revue Le sociographe, dans lequel elle tente de comprendre les points saillants de la recherche d’amour par le biais de l’utilisation du virtuel. Dans ce cadre, elle a adopté une approche compréhensive, via une démarche qualitative, en menant des entretiens et en s’appuyant sur des travaux rédigés sur le sujet.
Tout d’abord, elle évoque une citation de Pascal Lardellier pour mettre en avant les deux bouleversements majeurs, subis par les sociétés modernes au XXIe siècle, à savoir l’évolution des relations amoureuses en lien avec l’émergence des nouvelles technologies de la communication. « La fin des années 1990 et le tournant des siècles ont confirmé une double révolution dans les sociétés occidentales. D’une part, le nombre toujours croissant de célibataires, deux fois plus nombreux qu’il y a trente ans (actuellement 12 millions environ en France). […] D’autre part, Internet a formidablement réussi sa pénétration sociale pour inventer des usages et des possibles inattendus » (2005, p.89).
Nadia Veyrié définit, par la suite, la notion de double à l’ère du virtuel comme un pseudonyme, un avatar, une certaine personnalité. Elle explique que le corps détient une place prépondérante, au coeur de la recherche d’un partenaire sur Internet. Elle fait référence à la sociologue Eva Illouz, spécialiste du sujet, qui a souligné que « malgré la tendance d’Internet à nier la réalité corporelle, la beauté et le corps y sont omniprésents, sous la forme d’images fixes qui glacent le corps dans l’éternel présent de la photographie » (2006, p. 248). A travers les témoignages recueillis, Nadia Veyrié expose l’idée que qu’importe s’il y a présence ou absence de photo sur le profil du sites de rencontres, les utilisateurs créent un corps fantasmé et des échanges idéalisés, rendant difficile le dépassement du stade d’un corps virtuel à un corps réel. Elle énonce que « le corps est soit absent et rabougri, soit un outil de survalorisation narcissique (David, 2012) ».
En outre, l’auteur aborde le caractère économique de l’amour, stimulé par les sites de rencontres. Entre les abonnements proposés par les plateformes ou encore le pictogramme du site Adopteunmec qui représente une femme qui se promène avec un chariot pour remplir ce dernier de partenaires potentiels, l’amour est corrélé à l’économie de marché. De fait, le sentiment de singularité que les personnes recherchent chez leur partenaire s’amoindrit dû à la massification des choix de partenaires sur ces dispositifs numériques. La nécessité d’être performant est élémentaire puisque les personnes sont placés en concurrence les uns par rapport aux autres.
Nadia Veyrié démontre, à l’issu de son analyse, que les comportements des individus, sur les sites de rencontres, sont régit par une errance, entre un corps absent et un corps survalorisé, loin de la réalité.
